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Lectures partagées -4-

Clairs Obscurs, Marc Quaghebeur, Le temps qu'il fait 2006

 

6 cahiers cousus, papier crème vergeure, couverture pliée illustrée par Jean-Claude Pirotte lui-même, les "Lettres de Cabardès", collection dirigée par le sus-nommé, sont de bien jolis petits livres. Signés Michel Bernard, Gilles Ortlieb, ou (bientôt) André Dhôtel, ces ouvrages se feuillètent, à l'instar de celui présenté ici, avec lenteur et précaution. Car c'est une histoire bien secrète que raconte ce livre de l'écrivain belge Marc Quaghebeur, au travers de nombreuses petites proses. Les premières pages rappellent quelques nouvelles lues de Jean-Marie Le Sidaner. Puis défilent ces visions fugitives, entre trivial et sublime, entre l'émerveillement et la blessure. Pas tout à fait visions d'ailleurs. Plutôt des instants, des pensées, des regards, dont l'auteur ne semble livrer que la quintessence.

Les mots s'enchaînent, se côtoient et s'entrechoquent, pleins d'ombre et de rondeurs ou nus et impérieux. On entrevoit des paysages, des destins, des gens. Chaque texte apparaît comme une minuscule toile, dont on cherche le détail révélateur. On appréhende des joies. Et des douleurs. Des empreintes et des blessures: sur l'être et le vivant, sur la terre et du Temps; immenses, flagrantes, ou plus sournoises ou subtiles.

On voyage, aussi, d'un peuple à l'autre, d'une maison à la mer, d'églises en châteaux, d'auberges en îles. Et parfois, un zeste d'humour vient rompre cette mélancolie qui exsude des mots au fil de textes ciselés et... toujours trop courts!

copyright Béatrice Deparpe 2006

Article paru dans Les Amis de l'Ardenne n°14, septembre 2006.

Clairs obscurs, Marc Quaghebeur, Le temps qu'il fait 2006, 14 euros. collection "Lettres de Cabardès".

 

Les Ames grises, roman, Philippe Claudel, Stock 2003

critique publiée par le magazine e-novateur et par le magazine

Lire (web)

Quand PHilippe Claudel cherche le faux poilu...

Les âmes grises, c'est le titre de ce roman du talentueux Philippe Claudel.

Un livre qui lui a valu l'attribution du Renaudot. De quoi susciter la

curiosité du lecteur. Même quand on a déjà lu Claudel!

C'était mon cas... enfin, j'avais déjà lu certains Claudel... Rien à voir!

Du texte court des Petites mécaniques, on oublie tout! Le style, la

précision, la minutie... De la poésie de Nos si proches Orients, on efface tout aussi! Pour d'autres surprises: pourquoi, à cet âge (Philippe Claudel est né en 1962), plonger dans l'ambiance de la Grande Guerre? Près d'un front qu'il n'a pas connu, l'auteur raconte la vie d'un village de l'Est de la France. Les femmes, l'Usine des Chanceux, Destinat et Sa Justice.

Si près du front, Belle de Jour, ravissante enfant, est retrouvée

assassinée, étranglée, près du Canal.

Dans le village, "rien n'est ni tout noir, ni tout blanc. C'est le gris qui gagne". Le gris des âmes. Le gris des corps qui survivent tout près du conflit, mangeant, buvant, rêvant, tuant, jugeant...

C'est dans ce microcosme, tout près des tirs et des tranchées, que la vie subsiste. La mort aussi, au moins autant aveugle que sous les canons. D'ailleurs, les canons ne sont pas vraiment absents, quand il s'agit de fusiller un jeune soldat qualifié de désertion. Et auquel on attribuera, si aisément, si férocement, le meurtre de la môme de l'aubergiste.

Le narrateur nous raconte tout. De ce jour froid où la petite "ressemblait à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches", semant la stupeur au village. Des morts, il y en aura d'autres, loin des anonymes combattants qui oeuvrent pour le pays: le vieil instituteur, cette fille du Nord, Lysiane Verhareine, qui tiendra l'école quelque temps, Barbe, Le Grave, le couple de serviteurs du Procureur... Clémence, morte en couches...

Bien plus cru que dans d'autres ouvrages, Philippe Claudel se fait le

témoin de cette double boucherie: dans la peau d'un policier qui en sait trop, il écrit ce que peuvent cacher les villageois, notables, magistrats d'un petit village.

Des horreurs au moins aussi grandes que la guerre à laquelle cette

population a échappé !

Des lâchetés, des barbaries et des injustices...C'est cette âme trop lourde de secrets, qui noircit des cahiers et des cahiers. Qui raconte.

Un long témoignage, une longue confession aussi. Et les âmes sont grises, comme la boue qui colle aux semelles...même quand, la Justice règne: fonctionnaires de police, magistrats, mairies, tous veillent au bon respect des procédures et des peines. Ou obéissent...

L'auteur n'aura eu de cesse de la gratter avec ses ongles, cette terre trempée.Comme le temps et ses brouillards, comme les tristesses du lieu: "Quand on vit dans les fleurs, on ne pense pas à la boue" (p247). Pour ce policier à la retraite, il devient "difficile de tuer les morts". Alors on peut essayer...

Philippe Claudel y parvient: Le gendarme devient fossoyeur. Un croquemort qui refuse de se salir les mains!

Dans ce costume original, Philippe Claudel exorcise les drames d'un autre temps. La narration est vive, chargée d'émotion, dure. Personne n'est épargné. Pas même le narrateur...

Les morts sont partis. Les poilus se font rares. Pourtant, le souvenir reste.Splendide pour un écrivain qui a eu la chance de naître bien après le temps qu'il raconte!

Les âmes grises, Philippe Claudel, roman, Stock, 285p, 18.8€, automne 2003. copyright: Béatrice Deparpe 2003

 

 

Bichelberger, Innocences, nouvelles, Albin Michel

En toute innocence M. Bichelberger?

 

Le Ligori, le Freloupiot, Tante Bette, Albéric, Marc, autant de personnages que l'on découvre, pour mieux s'y attacher dès les premières lignes dans ce nouveau livre de Roger Bichelberger.

Dix-neuf nouvelles: "Innocences" de Roger Bichelberger est paru aux éditions Albin Michel. Des textes courts, pour la plupart revus et corrigés par l'auteur lui-même pour donner à ses créations une version définitive.

Ce qui peut laisser penser que l'auteur revient sur ses mots comme on revient sur sa vie. En toute innocence? Pourquoi, alors,a-t-on l'impression que ce livre vient comme une preuve, une justification, une défense?

Le Freloupiot a bien vieilli monsieur Bichelberger!

Des médiévales, nocturne et matine, des innocences ou des orphelines, les aventures des gamins de Lorraine ont toute la saveur du passé, de l'innocence et du rêve!

A se demander: pourquoi avoir attendu si longtemps pour publier ce livre sur l'enfance?

Faut-il avoir grand âge pour regarder le monde avec la candeur d'un

communiant?

Et pour avoir envie de partager avec le lecteur cette magie des lieux et des hommes?

Non, ce livre, on aurait dû pouvoir le lire plus tôt!

Et pour nous avoir privé de ces perles de terroir jusque-là, Roger

Bichelberger ne mérite qu'une chose: comparaître à nouveau devant

Kruêhl-Chat!

Béatrice Deparpe

Écrit par plume d'oiseau Lien permanent | Commentaires (0)

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