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Lectures partagées -3-

 

Trois hommes dans un bateau, sans oublier le chien, JKJ.

 

Présenté comme un joyau de l'humour anglais, ce livre écrit à la fin du XIXè siècle a rencontré un succès fulgurant lors de sa sortie, c'est ce qu'indique la quatrième de couverture et ce qui m'a décidée à le lire.

 

D'une, je lis beaucoup plus de livres d'auteurs français, de deux, j'ignorais ce que pouvait recenser de particularités l'humour britannique.Je suis servie.

 

Dès les premières lignes, on découvre Jérome, le narrateur, hypocondriaque, et qui éprouve "un dégoût pour le travail sous toutes ses formes". Sa perception du sujet nous est d'ailleurs développée plus tard de manière fort distrayante.

 

Jérome et ses amis Harris et Georges, SANS OUBLIER LE CHIEN, un soir de plus grande mélancolie, décident de partir deux semaines en bateau, histoire de changer d'air.

 

Comme cela est prévisible dans une initiative d'une telle envergure, les difficultés abondent quand il s'agit de s'entendre pour préparer, mener et emmener ce groupe d'apprentis canotiers dans une aventure durant laquelle ils ne cesseront de voir dressés les écueils du hasard et de la vie.Et ceux de la vie en communauté: de partager un lit, l'un au pied, l'autre à la tête, des oeufs brouillés, du thé à l'eau du fleuve ou l'irish stew revisité pour l'occasion, retrouver tous ces petits plaisirs du quotidien devient une véritable épreuve sinon une gageure quand on se retrouve hors du contexte du confort ordinaire.

 

Les esprits s'échauffent, sur la Tamise plus qu'ailleurs, la limonade et autres boissons d'école du soir sont la cause de la moitié des crimes commis en Angleterre aussi, pour Harris, le Whisky est préférable et d'un tout autre effet.

 

Les objets ont une âme de cabochon sous la plume d'un narrateur déboussolé par une toile de tente autant que par l'indétrônable théière dont même Montmorency, fera les frais.

 

Que dire des difficultés du canotage? Je découvre le plaisir et le déplaisir des rames, des cordes, des voiles et de tous les accessoires dont peuvent s'entourer les voyageurs d'eau.

 

Les manoeuvres tournent au gag, les esprits s'égarent quand nos voyageurs cherchent une écluse rayée de la carte ou sont cueillis par l'objectif d'un photographe.

 

Les rencontres sont nombreuses, sur l'eau comme sur la rive et les paysages sont absolument magnifiques.Le narrateur y ajoute quelques rappels du passé et nous explorons avec lui les bords de la Tamise et leur histoire.

 

Tout cela ne suffit pourtant pas à nos voyageurs, lesquels un soir de pluie et avant l'heure, quitteront le bateau pour retrouver avec bonheur le bien-être de la vie citadine.

 

Voyage initiatique, fable sur la routine et l'ennui, conte absurde? L'ensemble constitue en tout cas un mélange assez plaisant et une histoire dans laquelle il est difficile de s'ennuyer.

 

L'humour anglais, finalement, est agréable. Et l'esprit de JKJ me semble fort moderne pour l'époque considérée et fait de cet auteur un écrivain encore bien actuel.

 

Trois hommes dans un bateau, sans oublier le chien, Jerome K Jerome, collection Points Signatures 2011, 280 p

 

 

 

Dieu merci, je suis amoureuse, Rosita Celentano

 

Quelle surprise! Quand j'ai reçu ce livre, j'étais encore dans le plaisir de la potentielle découverte, de la simple idée de lire quelques bonnes pages sur un sujet qui, avouons-le (et pourquoi, donc?)a toujours un peu inquiété les femmes, et parfois les hommes. La trahison dans le couple, comme le dit l'auteure, a tendance à s’équilibrer aujourd'hui -les femmes montent au créneau. C’est donc bien dans l’air du temps.

 

"La fidélité n'existe pas", "nous sommes des funambules de l'amour", "les sentiments ne sont pas un produit"! Sur ces phrases simples et explicites, sorties de leur contexte (du livre), les bases pourraient paraître saines et le débat commencer. Hors, dès les premières pages de ce livre, on découvre toute autre chose: Mademoiselle Celentano entreprend de remettre sur le tapis tonne de considérations que je n'avais pas entendues ailleurs que dans la bouche de grands-mères (oui, moi aussi!), ou rapportées de l'éducation qu'on donnait aux jeunes filles, allez, disons encore au début du XIXè siècle. Du genre: si tu perds ton mari, c'est de ta faute, ou celle de ces pouf... ; tu dois être la meilleure femme du monde et pour cela, patati, patata. Dans le même temps, ou presque, elle balance et re-balance l'idée que "l'homme est fragile et frivole" (donc la femme n'y peut rien) et même « l'homme trompe par habitude » (cette fois, à qui s'en prendre?). La conclusion serait donc: les cornes, ça existe (je suis d'accord), mais il ne faut pas en faire une maladie. Il faut affronter l'épreuve et la souffrance occasionnée, même si "la souffrance épouvante"! J'avoue que j'ai vite été interpellée: d'une les contradictions de l'auteur sont nombreuses, de deux si l'expression est moderne certaines idées me semblent venir d'un autre âge (pour ne pas dire d'une autre époque).J'ai songé un moment que Mademoiselle était sous la coupe d'un mec rétrograde, macho et dominateur et qui lui avait un peu farci la cervelle (mal, évidemment). Non, elle est célibataire, assume sa féminité (sic) et a vécu comme un garçon manqué, avec eux (les garçons).

 

Comment se fait-il, alors, qu'elle ne soit pas devenue une de ces guerrières d'aujourd'hui, « ambitieuses et vindicatives » et qui vont à la chasse de temps en temps? Décidément, je m'inquiète: est-elle sincère, douce et aimante, prête à tout donner même si elle doit recevoir des coups de poing dans la figure et peut-être pardonner(après avoir versé toutes les larmes de son corps au nom de la comédie( ?) de la femme trahie) à l’homme qui la trompera? Ou, et c'est l'autre idée tend à prendre le dessus, Mademoiselle Celentano, qui si j'ai bien compris est comédienne et mène une vie publique assez dense, joue la provocation avec des confidences –pour de faux- qui hérissent et qui font grimacer? Si la réponse est dans la première supposition, bravo, Mademoiselle Celentano, pour votre courage et votre humilité – je n’en aurai pas autant- et pour avoir chevillé au corps ce rêve -qu'on a toutes fait, il me semble- de l'amour idéal! Si la réponse est l'autre, bravo, Mademoiselle Celentano, pour le succès que vous avez eu avec ce livre qui a le mérite d'intriguer, de bousculer, et même d'effrayer! S'il faut couper la poire en deux, se dire que l'auteur est sincère et que c'est l'éditeur qui a fait le choix de la publier, s'attendant bien (et c'est tout l'intérêt d'un livre), à ce qu'on en parle et en reparle, c'est bien vu aussi. Mais la question subsiste : ça existe encore, des femmes comme celles-là ? Troisième et dernière idée, peut-être farfelue, qui sait où est la vraie sagesse, Rosita a peut-être écrit ce livre pour séduire l’homme dont elle rêvait, à la fin ? Si ça a marché, tant mieux pour elle ! Alors, n’exagérons pas, si on peut rire, grimacer, suivant les pages et parce que l'expression de la milanaise est enlevée et parfois fort imagée, je suis encore un peu perplexe. Le livre se lit très facilement et très vite. Par contre, je suis triste en pensant aux milliers de femmes qui depuis plus d’un siècle se battent pour que plus jamais plus on n’entende des choses pareilles (je ne suis pourtant pas féministe!) Quant à dire, avec tout le respect que je porte au travail d’un auteur –et d’un éditeur, que j’ai beaucoup aimé, c’est impossible!(à moins que ce soit ça, l'amour?).

 

 

 

Franz Bartelt, Nulle part mais en Irlande, Le Temps qu'il fait 2002

 

J'ai eu un peu peur. Acheter un livre, c'est parfois dangereux: plaisir ou déception , ennui ou passion derrière ce titre un peu obscur, Nulle part, mais en Irlande? La question s'est posée. Parce que je connaissais la plume. Celle du romancier. Celle du poète. Celle du chroniqueur. Pas celle de l'aventurier.

 

Pourtant, Franz Bartelt en est bien un, à ses heures. Pas un Marco Polo. Pas un Rimbaud. Juste un aventurier moderne. Curieux, modeste... et bourré de préjugés. "Nulle part mais en Irlande" est son journal de bord, souvenirs d'un voyage effectué il y a quelques années par delà la mer, au gré des formidables paysages irlandais. Et j'ai eu un peu peur: que l'aventure soit trop belle, que le temps soit trop beau, que les gens soient trop parfaits.

 

J'ai eu peur pour rien, car s'il est des détails qui passionnent, Franz Bartelt en a rapportés en nombre suffisant. Pour que, derrière l'évasion des noms de lieux, au-delà de la magie des paysages, le lecteur replonge au plus vite dans des ambiances plus communes, plus tristes, plus dramatiques.

 

La bière Guinness pour remède à presque tous les maux, l'instinct de survie pour motif à nombre d'attitudes presque héroïques, la pauvreté, les pauvretés à presque toutes les pages: c'est la force de ce livre qui parle d'une Irlande populaire, touristique par nécessité, accueillante par obligation. Franz Bartelt y ajoute quelques considérations et réflexions personnelles. Ainsi, dès les premières lignes, il nous interpelle: "Si les yeux sont le miroir de l'âme, les sourcils sont des poils qui pensent". A méditer. Autant que ces carnets d'aventure pour mieux songer, de temps à autre, qu'il n'y a pas que chez nous que la misère existe.

 

Béatrice Deparpe (septembre2002)

 

(article rédigé pour l'e-novateur: www.e-novateur.org) "Nulle part, mais en Irlande", Franz Bartelt, Le temps qu'il fait, carnets, 144 pages.

 

Écrit par plume d'oiseau Lien permanent | Commentaires (0)

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