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Lectures partagées -2-

 

BLUE GENE, de Joey Goebel (Héloïse d’Ormesson) 4ème de

 

couverture

 

Quelque part au fin fond des Etats-Unis, Blue Gene, 27 ans, tatouages, coupe mulet, tongs noires et chaussettes blanches, gagne sa croûte en vendant ses jouets au marché aux puces.

 

Un brin rebelle, joyeusement immature, cet excentrique n'est autre que le mouton noir de la dynastie Mapother. Lorsque ces magnats du tabac décident de réaliser un rêve et de briguer le Congrès, leur loser de fils est appelé à la rescousse : avec dans leur camp ce fervent patriote, fana de catch et de bière, ces conservateurs bon teint empocheront les voix du peuple, à coup sûr. Cruelle sans être violente, cette comédie politique est l'expression de la contre-culture enjouée. Une hilarante satire au vitriol de l'Amérique d'aujourd'hui.

 

Ma critique

:

580 pages, pas moins, pour ce troisième roman du jeune Joey Goebel. Une performance quand la tendance est aujourd’hui aux livres qui se lisent vite et bien, en attendant le train ou le métro, ou à l’occasion d’un week-end sur la plage.

 

Mais je fais confiance à l’éditeur, réputé d’un choix de qualité. Le livre s’ouvre sur le marché aux puces, où Blue Gene, 27 ans, vend essentiellement des figurines et croise toutes les petites gens. C’est là qu’il se sent bien, alors qu’il est le fils cadet d’Elisabeth et Henri Mapother, une des plus grandes fortunes du pays, acquise grâce au tabac.

 

Sa famille, cela fait quatre ans qu’il ne l’a pas vue, et c’est surpris qu’il voit arriver sur son stand Madame Mapother, cette femme bien mise et très croyante. Elle veut l’inviter à dîner.

 

Cela changerait le jeune homme, qui vit dans un mobile-home.

 

Cette invitation cache bien évidemment quelque chose : John, le fils aîné est pressenti, voire tout désigné, pour gagner les élections au Congrès, mais il lui manque les voix du peuple, et Blue Gene est le seul qui puisse aider la famille à les rallier. Les bras couverts de tatouages, la coupe mulet, la moustache, le marcel et les shorts et tongs du fils renégat froissent un peu, mais les Mapother sont bien décidés à fournir quelques efforts pour que Blue Gene se sente bien et participe à la campagne.

 

Pourtant, les choses ne seront pas si aisées : derrière le prestige et la richesse des Mapother, il y a des zones d’ombres. De grands secrets mis au jour viennent perturber toute la famille, jusqu’à vouloir acheter le silence de Bernice, la nounou désormais malade que Blue Gene retrouve par hasard… Il y a aussi Jackie, que Blue Gene a rencontrée à l’occasion d’un combat de catch et qui pourrait bien être un nouvel amour pour le jeune rebelle.

 

Sur fond d’Amérique patriote et très croyante, Joey Goebel dépeint aussi bien le quotidien du peuple que le gigantisme et le capitalisme propres à la puissance américaine. 94 églises dans le même village, 12 télévisions dans la propriété des Mapother, c’est peut-être un peu trop, mais cela ne dérange guère dans une histoire assez rocambolesque où l’on cherche le vrai du faux, où la limite entre le possible et l’imaginaire s’efface sous une plume qui ne lésine pas avec les mots ni les clichés et fait bien sourire, ici, en France.

 

Une histoire touchante, et un bon gros pavé dans la mare du capitalisme, qui éclabousse gaiement le lecteur.

 

 

 

Séparée, François de Singly, Armand Colin 2011

 

Présentation de l'éditeur

 

Les trois quarts des séparations et des divorces sont demandés par les femmes.

 

Pour la première fois, un sociologue s’empare de ce fait de société, en analysant le récit des femmes qui ont rompu. Il découvre que la séparation n’est pas seulement une expérience de désenchantement et d’épreuves à franchir. Aussi douloureuse soit-elle, elle apparaît aussi comme une étape par laquelle la femme moderne s’affranchit.

 

Cette émancipation revêt plusieurs formes. Certaines femmes se détachent pour survivre (mieux vaut divorcer que périr dans le couple), d’autres veulent passer à autre chose dans une logique de progression individuelle. Et puis il y a celles qui ne veulent plus porter le couple, jugeant que leur conjoint ne l’a pas assez investi.

 

À chacune sa formule de séparation pourrait-on penser. Mais par un habile jeu de miroir, François de Singly nous présente l’expérience de la rupture comme le reflet de la vie conjugale : on se sépare comme on a vécu ensemble. Et on se sépare, aussi, pour vivre différemment, pour se trouver et s’accomplir.

 

Mon avis

 

Il fallait bien un ouvrage comme celui de François de Singly pour que je parvienne à mettre des mots-clés sur des événements aussi personnels que le divorce ou la séparation.

 

Personnels, pas tant que cela, finalement, quand l’amour et la rupture amoureuse, lisonsnous, restent bel et bien conditionnés à autre chose que l’amour tout court ou le désir, qu’il subsiste ou moins.

 

Ainsi, c’est dans près des trois-quarts des cas la femme qui demande le divorce. Ainsi, la séparation est perçue comme un support pour l’émancipation des femmes. Ainsi l’affirmation de soi-même et le divorce sont liés… Le divorce devient pour la femme l’occasion de survivre, de reprendre l’estime d’elle-même ou de vivre autre chose… L’amour est affecté par la logique contractuelle (p222), variable, si j’ai bien compris, selon que la femme se trouve dans le Je, le Nous, ou le Je-Nous…

 

Ces trois dimensions sont les bases de l’analyse de l’auteur, qui, remercions-le, nous explique dans un style simple, parfois imagé, mais très compréhensible, que du degré d’insatisfaction de la femme, qui la mène vers la rupture, dépendra sa faculté, non seulement à se « déconjugaliser », mais également son rapport avec l’ ex et sa propension ou réussite à revenir vers la notion de couple…dans une démarche qui doit la mener à la quête, la révélation ou à retrouver son identité personnelle, quand le mariage, la vie de couple, ont occulté, étouffé, voire anéanti cette part d’elle-même.

 

Il est inutile que je reprenne ici tous les développements de l’auteur, le livre est suffisamment long et structuré pour que chacun vienne y puiser quelques éléments sur le sujet ou suive cette analyse de bout en bout.

 

Pour ma part, il pose quelques questions : quel regard l’homme –en dehors de l’auteur porte sur ces considérations du je et du nous, quand il semble que dans la plupart des cas c’est ce je et ce nous « froissés » de la femme qui mènent à la rupture ? Dans les premières lignes, François de Singly abordait l’idée de « démesure des ambitions »… La femme demande-t-elle tant au détriment du couple ? Est-ce trop de soigner ce Je et de compter sur ce Nous partagé dans le couple quand on sait –François de Singly nous le répète presque tout au long du livre- que l’homme, lui, n’a cessé de vivre sur cet axe Je-Nous ? Le Je-Nous sans Toi est impossible et « Savoir compter n’interdit ni de compter sur l’autre, ni d’agir pour que le partenaire puisse compter sur soi… »(223). Ainsi, l’individualisme et la rationalisation de l’amour (est-elle si contemporaine ?) ne sont pas des barrières à la réussite et la pérennité du couple, même si l’amour éternel a perdu ses rêveurs…

 

L’homme moderne est-il prêt à accepter ces nouveaux schémas conjugaux ? Le féminisme a eu ses opposants, la parité conjugale, car il semble bien que ce soit cela que les femmes recherchent, est-elle possible au 21è siècle, ou les hommes, en tout cas un certain nombre, entendent toujours (s’en rendent-ils compte seulement ?) faire de la femme la victime de la vie familiale, voire une « simple extension de la gazinière ou du lave-linge »(p54) ?

 

La réponse de l’homme, sur le même type d’étude, pourrait peut-être atténuer l’impression que l’on a, à la lecture, que le couple ne peut qu’être menacé par des considérations non encore totalement partagées par les deux sexes et que la femme, presque toujours, demeure insatisfaite et finira par rompre ?

 

Ceci pourrait faire l’objet d’un prochain volume, lequel, je pense, après Séparée, attiserait fort la curiosité des lecteurs… allez, rêvons un peu… masculins !

 

Séparée, François de Singly, Editions Armand Colin, 2011.240 pages.

 

 

 

L estivant, Kazimierz Ortos,

 

A soixante-dix ans, Jozek décide de retrouver la jeune femme, Mirka, enfant de la guerre, qu’il avait mise enceinte cinquante ans plus tôt, dans les années cinquante. Depuis, il s’est marié avec Olga, a eu un fils, et n’a jamais donné de nouvelles à cette femme.

 

C’est cette quête, et tous les souvenirs qui ressurgissent qu’il avoue à son fils au travers d’une lettre.

 

Guerre, politique, mais également paysages et promenades constituent le décor de ce récit d’un homme dépassé par lui-même, confronté à sa lâcheté passée et au désir de rattraper le temps, peut-être… Sauf que si la maison sous les pins, la lagune, les dunes, la plage, ont à peine bougé, peut-être la forêt a-t-elle grandi, Mirka n’y est plus. Elle est morte. Il l’apprend

 

par sa possible fille, tandis qu’en face de lui se dresse le chandail rose de sa peut-être petite fille.

 

Il retrouve le frère de Mirka, l’homme au bonnet rouge, l’idiot du village, qui ne saura pas lui dire grand-chose de plus que ce qu’il sait déjà.

 

Et puis, Jozek se mêle de ramener un petit garçon trisomique à sa nourrice, mais reste immobile face à une femme battue, et demeure incapable de faire les pas qui le rapprocheraient de ces fille et petite-fille, êtres qui le relient à son premier amour.

 

L’homme est toujours aussi lâche, près d’un demi -siècle plus tard. Et la mort le taraude. De toute manière, il n’a même plus envie de vivre.

 

Il se décidera tout de même à retrouver Olga.

 

Voilà l’histoire que nous raconte Kasimierz Ortos. Je ne connaissais pas la littérature polonaise. Mais la thématique m’avait interpellée. C’est donc avec curiosité et envie que j’ai ouvert ce livre, très court (120 pages).

 

Le style est plaisant, la narration et la lecture fluides, malgré ma difficulté à retenir correctement les prénoms et lieux polonais. Mais le moins que je puisse dire, c’est que l’auteur surprend. Je ne m’attendais pas à un traitement aussi dramatique du sujet. J’aurais aimé que Jozek retrouve cet amour, même très peu de temps. Et qu’il ait l’occasion de se rattraper, comme il a semblé le souhaiter, par exemple en se rapprochant plus encore de cette enfant qui l’émeut… L’auteur en a décidé autrement, l’homme est tourmenté, lâche et le reste, au détriment d’une histoire qu’on aurait voulu se terminer mieux. C’est un choix, que je respecte. Et n’est-ce pas le privilège de l’écrivain qui nous offre un roman épistolaire de qualité et accessible.

 

Merci pour ce joli morceau de littérature, et pour ce voyage dans un pays que je ne connais pas, mais qui semble avoir conservé de superbes paysages.

Écrit par plume d'oiseau Lien permanent | Commentaires (0)

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