23/12/2012

Mauvaise graine... par Alain Bertrand

ALAIN BERTRAND, écrivain Belge et auteur de déjà nombreux ouvrages publiés en Belgique et en France, parle de Mauvaise graine... et en bien, puisque voici un

ELOGE DE LA MAUVAISE GRAINE

 

 

On connaît l’expression « mauvaise graine » … Elle comprend sa dose de malice et d’irrévérence, mais s’applique-t-elle à l’auteur de ce roman ? Béatrice Deparpe est une personne affable, discrète et généreuse. Contrairement à la plupart des écrivains, elle ne s’occupe pas que d’elle-même. On la sait fidèle collaboratrice des Amis de l’Ardenne.

Par bonheur, son altruisme ne l’empêche pas de composer une fable sur le monde paysan ou plutôt sur la disparition de l’idée édénique que le citadin s’en fait trop souvent. D’une plume toute en fausse candeur, Béatrice Deparpe commence par planter un décor de basse-cour, avant de nous présenter un couple de petits fermiers hauts en couleurs : Hyppolite et Marie-Marguerite Fergon. Ceux-là se lèvent avant le coq et ne bousculent pas la nature ; ils survivent de peu, regardent la télévision le dimanche et ne franchissent la barrière de l’horizon qu’en cas d’extrême urgence. Survient une catastrophe météorologique ; il faut acheter des graines alors que l’argent manque.

Mais le désastre, bientôt, fait place à une révélation : voilà que le coq chante clair et que les poules pondent gros. Et nos fermiers, au lieu d’y voir une éclaircie provisoire, se mettent à rêver de produire davantage, et du bio ! Du rêve à la réalité, il y a les investissements, les banquiers et l’arrivée de Marcellin. Tout à sa réussite, Hyppolite s’éloigne de la ferme, tandis que son épouse redécouvre les joies de la chair et les malheurs engendrés par le progrès.  C’est que les maladies prolifèrent en même temps que les malformations à la naissance ou les animaux mort-nés.

Faut-il le dire ? Tout l’intérêt de cette mauvaise graine tient dans la drôlerie des situations et dans la malice d’une langue qui, tour à tour, se joue des situations, épouse le parler populaire et s’amuse d’elle-même. Ceci donne à la lecture un côté très plaisant : on se laisse prendre par la main, comme à l’époque bénie de l’enfance où lire conduisait à s’émerveiller tout en acceptant d’être ému.

 

Béatrice Deparpe, Mauvaise graine, La Plume éditions.

                                                                                     Alain Bertrand

 

Écrire un commentaire