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A propos de Nouvelles d'hier et d'aujourd'hui

Nouvelles d'hier et d'aujourd'hui, mon premier recueil de nouvelles paru en 2004 aux éditions du plateau de Rocroi est épuisé.
Voici néanmoins quelques avis de lecteurs et deux textes extraits de ce livre.
 




 

 

ns du Plateau de Rocroi, 2004

150 pages,
Béatrice Deparpe est l'auteur de nombreux textes, et s'attelle depuis plusieurs années à gagner le grand public, poursuivant ses travaux d'écriture et notamment de romans. Ses nouvelles ont pour beaucoup été publiées en revues et journaux. Nouvelles d'hier et d'aujourd'hui est une sélection. L'occasion de retrouver par le livre certains textes et de découvrir des inédits. Classiques ou modernes, aux thèmes divers, oniriques, vaguement autobiographiques ou philosophiques, ces textes explorent largement les techniques du genre.

L'avis de lecteurs:

...................En lisant ces nouvelles, on voit, on vit des instants quotidiens, ancrés dans la journée ordinaire, la famille. Puis on ressent un arrière-goût. Comme d'un texte écrit à la craie sur un tableau, on garde la poussière blanche ou le bruit du bâton qui grince, qui crisse sur l'ardoise. Finalement, on s'est laissé piéger par notre lecture. Sans s'en rendre compte.

Christian Hamel, poète, membre de la Société des Ecrivains Ardennais.

..................."vous essayez plusieurs écritures en fonction des sujets et cela me paraît très intéressant. Ecritures dynamiques qui explorent des thèmes très divers au gré de l'imagination. Les chutes sont dignes des meilleurs auteurs anglo-saxons. J'y retrouve leur sens de la coupure nette et franche, parfois cruelle. Je les ai bien aimées avec un petit faible pour "hisoires à dormir debout". "

Joelle Barilly, animatrice atelier-écriture, Charleville-Mézières.

...................................."LA MAISON D'ADELINE avait été publiée dans l'Union et je l'avais étudiée avec ma dernière classe de seconde l' année où j'ai pris ma retraite pour les sensibiliser aux particularités de la "NOUVELLE" . Quel silence pendant leur lecture et j'ai cru voir quelques regards émus et brillants car cette classe dont le niveau était jugé médiocre, comportait des éléments généreux et sensibles ! La participation ce jour là a été meilleure que d'habitude et l'heure de cours a passé très vite... On retrouve dans vos textes les petites gens, les grandes souffrances, une expression claire et directe...."

Hélène Charpentier-institutrice retraitée-Marne-

"..............Au terme de cette lecture, au total une lecture intéressante, je constate qu’il existe un univers Béatrice Deparpe et c’est je crois le signe d’une authentique valeur littéraire. Au fil des nouvelles, on perçoit une « patte » La nuit, la forêt, les souffles saisonniers, un certain mystère créent un climat. Les personnages ont un air de famille. Ce sont bien souvent des déshérités de la vie, des victimes, des paumés à la limite de la marginalité, guettés par les « paradis artificiels » mais sur tout ce monde plane comme un souffle de vie, comme une espérance au-delà de la désespérance..."

Maurice Mabilon, Marne-instituteur-inspecteur retraité.

HYPNOSE , copyright Béatrice Deparpe

Ce soir-là, mue par un étrange désir, je décidai de quitter mon lit pour sortir là, juste devant la maison. Je franchis bientôt le seuil, frissonnant aussitôt sous la nuit fraîche. Le vent, léger et doux, vint me caresser le front, balaya doucement ma longue chevelure, entrouvrit mes lèvres pour s'y mieux laisser goûter. Paupières mi-closes, savourant l'instant, je distinguai en levant la tête, au loin, l'ombre charnue des pins. Etrange et sombre. Le vent, mutin tout à coup, passa dans mon dos et me poussa, délicatement, en direction de la forêt. Charmée, consentante inconsciente, je répondis à l'invitation. Dessus ma tête, les astres éclairaient le chemin. Les nuages m'accompagnaient, résolument légers. Je marchais, longtemps. Mes pieds nus dansaient par-delà les tiges. Mes mains virevoltaient au vent. Ma tête se berçait de mon déhanchement. J'atteignis le bois. Le vent éreinté, impuissant soudain, était resté à l'aube. Les nuages disparaissaient au-delà des faîtes. Je restais seule, infime, sous ces monstres hauts et denses qui me cachaient du monde et m'enveloppaient de leur humidité parfumée. Les aiguilles se tassaient sous mes pas. Une chouette, lointaine, m'appelait. Insistante. Lentement, je marchais vers la mélodie hululée, absorbée, délicieusement envoûtée, follement attirée. Bientôt, à l'orée du bois, les nuages et le vent me rejoignirent. Alors, ensemble nous allâmes, droit, vers la reine de la nuit. Son chant attachant devint plus clair, plus fort, plus proche. L 'oreille tendue, je m'arrêtai pour mieux reconnaître ces paroles que le vent, éclaireur d'un instant, me rapportait. Nous repartîmes bientôt, quand le sol, soudain rafraîchi, glaçait mes frêles chevilles. Le vent, de nouveau derrière moi, les nuages dessus ma tête m'encouragèrent, quand mes cuisses tétanisées tentaient de se refuser. La chouette fut là, tout près, quand mon pas devenait supplice et que mon ventre se crispait bientôt, ceinturé. J'oubliai pourtant mon corps réticent quand, hoquetant, le souffle coupé, je vis devant moi l'ombre déformée, mouvante de la chouette me rejoindre. Quand je sentis cette caresse sur mon cou, j'étendis les bras, ouvris les mains. Dans un ultime effort, j'avançai les épaules pour tenter de la rejoindre. J'offris mon visage, convulsé, à sa mine impassible. Dans l'espace d'un regard, je trouvai sa force, son pouvoir. Dans un souffle, j'écoutai encore son cri… Et longtemps, très longtemps, la chouette contempla, de sur la rive, le lac qu'elle avait vu m'engloutir

 

N U D I T E , copyright Béatrice Deparpe

La baraque semblait inhabitée. Les charnières des volets clos étaient noires de rouille. Le bois, sec et dépeint, avait cette chaleur de la liberté sous ce toit aux ardoises gluantes de pluies et de fientes. La nature avait aussi repris ses droits sur l'allée. Des dalles on n'apercevait guère que quelques points, çà et là, qui avaient résisté à la mousse et à l'herbe folle. Le propriétaire n'avait pas dû y mettre les pieds depuis longtemps.

Le voyageur inspecta les alentours : quelques bruissements dans les feuillages, quelques craquements secs, le souffle du vent, rien qui lui rappelât la civilisation. Il marchait depuis trop longtemps pour aller plus loin. Lentement, il dénoua les lanières de son gros sac, qu'il avait ramenées sur la taille pour alléger son dos. Laissant glisser les bretelles le long de ses épaules, il fit tomber à terre son bagage et entreprit quelques mouvements pour délasser un peu ses muscles meurtris. L'homme s'avança vers la porte close. La poignée tourna dans sa main, mais la porte ne broncha pas. C'était fermé à clef. Déconfit, il laissa échapper un juron avant de se mettre en quête d'une branche, d'une planche, qui fut assez solide pour lui servir de pied-de-biche. Il trouva son bonheur en quelques minutes et revint à l'assaut de la porte récalcitrante. Les montants s'effritèrent dès la première tentative. Le bois était sec et vide. Un coup de pied bien placé acheva le travail. A l'intérieur, le sol craqua sous ses pas. Dans la pénombre, le voyageur fit un vague tour d'horizon, avant d'esquisser un sourire de satisfaction : ce serait parfait. Il retourna chercher son sac, fit le tour de la baraque pour ouvrir les volets et s'engouffra à l'intérieur, refermant sur lui les restes de la porte. Le soleil, presque au zénith, s'infiltra par endroits sur les vitres aux rideaux bonne femme défraîchis.

Sur la grande table de bois, l'homme posa son sac et entreprit de déballer ses affaires. La chemise blanche était froissée, son pantalon de flanelle aussi. La cravate et les chaussures étaient impeccables. Il sortit ses provisions et les aligna sur l'évier avant d'attraper sa trousse. Il avait bien besoin d'un brin de toilette. Il n'y avait dans la baraque, tout au fond derrière un rideau de perles, qu'un vieux lavabo instable et une petite douche carrée. Elle fonctionnait. Le voyageur quitta sa tenue crottée et se laissa tenter. Le gant de crin fit grand bien à ses jambes courbaturées et à son dos endolori. Il prolongea au maximum son plaisir, avant de se décider à déjeuner.

Nu, ruisselant, il revint à la table. Là, il entreprit de mettre à chauffer son petit salé, dans une casserole bosselée qui avait perdu une partie de son manche. Il se coupa une large tranche du gros pain qu'il avait acheté pour la circonstance et ouvrit une de ses boîtes de bière. Elle était tiède. L'homme se mit en quête d'une fourchette : il découvrit des couverts, enfouis au fond d'une caisse sous l'évier. Il ne trouva pour assiettes que celles, légèrement poussiéreuses, qui ornaient un pan de murs. Il opta pour une scène de chasse, c'était dans le ton. Il récura la vaisselle avant de s'installer à la table, face à la fenêtre. Les vitres étaient trop sales pour qu'il distingue quoi que ce soit au dehors. Il faisait encore beau, c'était sûr : les rares rayons de soleil qui réussissaient à percer la couche de poussière en devenaient aveuglants.

Sur sa chaise, le voyageur s'abandonna quelques instants à cette caresse de l'astre avant de croquer avidement dans son pain et d'engloutir les lentilles et la viande. La marche lui avait ouvert l'appétit. A moins que ce soit la douche.

Il s'en étonna : cela faisait des jours qu'il avait perdu tout entrain, en général. Depuis que Dominique l'avait plaqué. Au départ, il n'y avait pas cru. Il avait trouvé ses affaires devant la porte close. Ses affaires : ce sac, qu'il trimballait partout depuis ? Rien en fait. Elle l'avait planté là, du jour au lendemain, sans explication. Juste " Arrête de me prendre pour une conne ! ". Il ne l'avait jamais prise pour une conne. Il ne l'avait jamais insultée de toute façon. Même pendant leurs plus grosses disputes. Il savait que c'était une fille sensible. Sensible et fragile. Elle avait dû avoir vent de sa dernière escapade. Il ne voyait que ça. Elle l'avait prévenu, la fois d'avant. Il avait essayé. Il n'avait pas pu. Il avait beau, à chaque fois, éprouver du remords, il recommençait systématiquement. Il n'avait jamais su résister aux femmes. Aux femmes d'un soir. La dernière n'était même pas jolie. Un laideron, même, comparée à Dominique. Elle aurait dû savoir que ça ne comptait pas. Que c'était elle qu'il aimait. Il le lui avait dit. Dit et redit, hurlé au travers de la porte close. Elle n'avait rien voulu entendre. Il était parti, malheureux. Il avait sangloté pendant des heures, marchant dans les rues, dans les chemins, dans les bois. Il s'était décidé en route : plus rien ne l'attendait ici-bas.

Il en finirait ce soir.

Ce soir ? Ca lui paraissait encore si loin ! Dans sa léthargie, les minutes s'égrenaient interminables. Comment ferait-il pour attendre si longtemps ? Il n'avait jamais su attendre. Déjà, il se sentait des fourmis dans les jambes. Ses pieds piétinaient le sol. Ses doigts pianotaient sur la table, caressaient le bois. L'assiette, le pain. La gauche glissa sur sa cuisse. Remonta jusqu'à l'aine. Des petits frissons lui rappelèrent Dominique. Et les autres. Ses caresses, leurs caresses. Leurs rires, ses rires. Leurs larmes, les siennes…

Le voyageur se leva d'un bond, enfila frénétiquement pantalon et chemise. Puis il attrapa ses chaussures, fourra sa cravate dans une poche et sortit en trombe, laissant derrière lui ses fripes sales et son sac vide. Il courut dans le bois, sur le chemin, sur la route. Vers la vie, la mort l'attendrait !

 

Écrit par plume d'oiseau Lien permanent | Commentaires (0)

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